La lutte menée par S. Jagannathan et des milliers d’autres paysans et pêcheurs, au cri de «élevage = esclavage», pour qu’on interdise enfin l’élevage industriel de la crevette en Inde aura mis sept ans à aboutir. Un véritable exploit quand on sait que ce pays est l’un des premiers producteurs mondiaux de bouquet.

Malgré quelques violences policières, des groupes de résistance passive, comme La terre aux cultivateurs, ont réussi à rallier à leur cause des associations de consommateurs et de protection de l’environnement indiennes et étrangères, avant de convaincre la Cour suprême que l’industrie de la crevette violait les droits fondamentaux des personnes. «Alors que des millions de gens n’avaient pas de quoi faire un repas décent par jour, relate S. Jagannathan, 85 ans, un partisan de la première heure du Mahatama Gandhi, le pays était contraint de produire des crevettes pour les consommateurs des pays riches.

Alors même que le gouvernement retirait son soutien financier aux fermiers, les grosses entreprises qui se lançaient dans la crevette continuaient de recevoir des centaines de millions de roupies de subventions.»

La chute des réserves mondiales de pêche a conféré à l’aquaculture un faux air de manne divine, notamment aux yeux des pays en développement à la recherche de cultures de rente. Les investissseurs se sont bousculés aux portes des Etats côtiers. Comme le Tamil Nadu, où la surface consacrée à l’élevage des crevettes est passée de 250 ha en 1991 à 2 000 ha en 1995.

Les communautés locales ont vu les terres dont elles tiraient leur subsistance depuis des générations brusquement accaparées par les éleveurs de crevettes.

L’eau saumâtre des bassins aquacoles et les produits chimiques utilisés comme engrais et comme nourriture pour ces petits crustacés ont commencé à se répandre à l’extérieur des zones d’aquaculture, polluant les terres cultivées, les mangroves, les nappes aquifères et les réserves d’eau potable. De plus, les besoins des bassins en eau douce, indispensable pour contrebalancer la hausse du taux de salinité due à l’évaporation, sont considérables. «Il faut de 50 à 60 millions de litres d’eau, dont la moitié d’eau douce, pour produire une tonne de crevettes», explique Bisham Gujja, du Fonds mondial pour la nature (wwf).

Au vu de ces rapports accablants, la Cour suprême a décrété en décembre 1996 que la quasi-totalité des bassins à crevettes situés à moins de 500 mètres de la laisse de haute mer devraient être fermés avant le 31 mars 1997. L’élevage des crevettes n’en continue pas moins, affirme B. Gujja, les fermiers de la mer s’appuyant sur les moindres vices de procédure. «Mais les investisseurs se sont retirés, ajoute-t-il. En sommes-nous bien sur !!!!!!!!………….(Yves SEVENIER)

(1)Source :www.unesco.org/courrier